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Peindre des couleurs Dépeindre des ambiances Inviter des sons Évoquer un univers Suggérer par le trait Esquisser par la mélodie Raconter par l’image Narrer par la composition Attirer par la matière Exciter par le rythme Brosser au pinceau Dessiner au plectre Musique ou peinture Chant ou sculpture Le monde regorge De plasticiens de la musique Qui jouent de la gamme des tons Comme d’autres de la palette Il est de nombreux modes musicaux Auxquels correspondent une couleur Un sentiment, une lumière…
Il suffit d’écouter Hussein El Masry pour comprendre cette musique évocatrice, cette musique qui vous invite dans un paysage bien plus suggéré qu’imposé. La musique orientale, les musiques de tous les Orients peut-être, ont cette force d’évocation, cette façon de vous emmener dans un univers peint et dépeint par les modes. L’Egypte, carrefour de ces orients et de la musique arabe est aussi au croisement entre les grands courants populaires et la musique classique, celle qu’on dit volontiers savante, qui s’étudie dans de grandes écoles et des instituts prestigieux et que les maîtres enseignent à leurs élèves. Lien entre le chant populaire et cette musique savante, l’oud, majestueux et simple à la fois, chaleureux, délicat, intemporel et pourtant toujours prêt à redessiner le présent, l’oud s’impose comme un repère, une sorte de balise dans le déroulement historique de ces musiques et de leurs cheminements entre les cultures, entre les échanges et les rencontres. Ce n’est pas un hasard si Hussein El Masry nous invite à un glissement vers l’Andalousie dans une pièce de ce disque. Ce n’est pas fortuit non plus si cette pièce revient vers un duo évident, celui du dialogue entre oud et sitar, entre le musicien et son ami Narendra Bataju, un dialogue qui a déjà fait ses preuves dans l’album « Entre Nil et Gange ». El Masry revient volontiers à cet échange parce qu’il sait que la musique ne supporte pas les frontières. Sa musique s’écoule depuis longtemps comme les eaux du Nil, elle glisse entre les terres, s’enrichissant des traditions qui s’épanouissent sur les rives, elle se jette dans les mers qui l’emportent au loin, elle traverse les villes où les expressions trahissent autant qu’elles traduisent les changements de sociétés et les mélanges de communautés. La musique est voyage et l’oud, bien plus qu’un véhicule, est l’instrument qui permet au musicien de transmettre ce qu’il ressent, ce qu’il pressent, ce qu’il intériorise d’abord avant d’en confier à la musique les émotions personnelles, les couleurs captées, les urgences imposées, les rêves esquissés. Et, comme le montre remarquablement ce nouvel enregistrement, l’oud a besoin de se nourrir des rencontres faites en chemin. Il a besoin de partager avec le violon, le sitar, le qanun, le nay, les percussions et la contrebasse, comme on se met autour d’une même table pour échanger propos et nourritures avec l’envie de découvrir et de comprendre ceux qu’on rencontre, avec l’envie d’écouter d’abord, d’échanger ensuite. Mais l’œuvre reste celle du compositeur, c’est lui qui invite à sa table, c’est lui qui dessine les contours d’une rencontre possible ; parce qu’il connaît les chemins qu’il peut s’autoriser, parce qu’il a pris l’habitude d’écouter pour éviter de se lancer dans un métissage inutile basé sur un exotisme fabriqué. Hussein El Masry sait quelles sont les pistes qui le mèneraient vers une conception de la musique erronée, sorte de folklore de pacotille qui trahirait son histoire et celle de la musique qu’il vit. Il ne cherche pas la démonstration, il se contente, avec talent, de développer une démarche logique, celle de l’exploration des possibles contours d’une vaste culture musicale ouverte sur le monde. Et quels que soient les invités de chacun de ses disques, force est de constater que le luth continue de jouer son propre rôle, à la fois guide et complice ; il joue souvent en solo rappelant l’essence même d’un bagage amassé par le compositeur et musicien depuis tant d’années. Un bagage qu’il porte avec aisance, qu’il ouvre avec générosité tant pour les musiciens qu’il convie à le partager que pour le public auquel il l’offre volontiers. Hussein El Masry nous prouve une fois de plus qu’il existe encore et toujours des musiques traditionnelles en mouvement, des musiques qui sont loin d’être figées comme si elles étaient confinées dans des musées. Des musiques qui continuent de dire la vie qui s’écoule au fil des histoires et des rencontres de chacun. Des musiques vivantes comme nous le montre cet enregistrement.
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